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Courts-métrages, angoisses et saut à l'élastique !

Publié le par Joanne

Ouais, sacré titre !

Le pire, c'est qu'il ne s'agit pas d'un leurre pour vous amener sur mon blog, mais bien du sujet de cet article... Ça vous en bouche un coin, hm ? Allez, je développe. Avec Monsieur J, on s'est mis au théâtre il y a deux ans, et on a entamé notre troisième année en septembre. Une des meilleures décisions de ma vie : j'ai rencontré des personnes sublimes, je suis sortie de ma zone de confort et j'ai appris/vécu un tas de trucs. Ça pourrait s'arrêter là, mais nope... Quelle ne fut pas ma surprise quand, en mai dernier, un ami nous proposait à Monsieur J et moi de tourner dans un court-métrage... !

Courts-métrages, angoisses et saut à l'élastique !

Bien sûr, tu ressens de l'excitation, ton ego s'ébroue une seconde, puis vient l'angoisse. Parce que là, en terme de sortir de sa zone de conf', on est pas mal... De plus, c'était une période où je m'apprêtais à vivre mon premier Salon ; mon humeur était déjà électrique. Mais comme je suis une tête brûlée (marrant comme deux identités peuvent cohabiter dans la même personne - l'angoissée et l'aventurière, on y reviendra), j'ai décidé de faire le grand saut (teasing pour la suite de l'article, TMTC). Alors voilà, tout s'est enchaîné très vite : on a dit oui, bouclé une date (le samedi 6 mai, j'en frémis encore) pris connaissance du script. On s'est fait un paquet de films aussi (hoho) sur comment ça allait (mal) se passer. Puis... le JOUR J est arrivé. Avec Monsieur J, on se rassurait comme on pouvait : on connaissait notre texte - on n'en avait pas beaucoup. Tout irait bien. En plus, on avait 2 ans de théâtre et plusieurs spectacles dans les pattes.

Et là... on a débarqué sur le lieu de tournage pour... découvrir le matos et l'équipe :

Courts-métrages, angoisses et saut à l'élastique !

Gros coup de stress.

Quand tu regardes un film, tu ne réalises pas tout ce qui se trame derrière. La lumière, le son, les différents plans, les gens qui bossent, le clap, recommencer mille fois la même réplique... On l'a compris ce jour-là. Pour vous donner une idée du boulot, le court-métrage qu'on a tourné dure environ 6 minutes. On est arrivés sur le lieu de tournage à 15 heures, pour repartir à 6 heures, le lendemain matin. Et encore, Monsieur J et moi n'avions que des rôles "légers", tandis que Véronique et Olivier, les deux autres comédiens, ont dû tourner plusieurs scènes + enregistrer des voix off le lendemain. Yes, c'est hard ! Mais revenons au ressenti. À notre arrivée, on a fait connaissance avec Coralie, qui surveille le script et le bon déroulement du tournage, Nico le perchiste, Lise la maquilleuse et... Fabrice Cugnet, l'ineffable réalisateur (on reviendra sur son cas plus tard). Serrage de main, buvage de bières, installage du matériel. Puis il a fallu attendre que le soleil se couche (bah oui, sinon c'est chiant pour la lumière). Et là, le travail a commencé... Heureusement pour Monsieur J et moi, ce sont les deux autres comédiens qui s'y sont mis en premier. Nous, on s'est assis dans un coin pour observer. Ce qui est dingue avec un tournage, c'est que c'est très différent du théâtre. On ne joue pas vraiment avec les autres. Les répliques sont filmées plan par plan, plusieurs fois de suite, et pas du tout dans l'ordre. On a donc regardé les comédiens s'essayer encore et encore aux mêmes phrases, jusqu'à un résultat excellent, et en veillant au moindre détail. Exemple : si quelqu'un sert un verre à quelqu'un d'autre, il faut, au moment de tourner à nouveau, que la bouteille et le verre soit au même niveau qu'avant, afin d'éviter les faux raccords. Et c'est comme ça pour tout, jusqu'aux mèches de cheveux ! 

Enfin, vers minuit, on a fait nos premières prises.

Autant le dire tout de suite, pour ma part, j'étais extrêmement crispée. Déjà, je voyais les autres faire le taf depuis plusieurs heures, et ça suffit à mettre la pression (t'as pas envie de décevoir l'équipe et d'être le nul qui fait perdre son temps à tout le monde). Ensuite, c'était ma première fois. Enfin, avec une caméra braquée sur le visage, personne n'est véritablement serein. Puis voilà, on a été maquillés ; on s'est lancés. Au début, bredouillages et trac, puis les prises se sont enchaînées, et peu à peu ça a roulé... Faut dire que chacun est à son poste, bienveillant et concentré, puis que le réalisateur sait guider ses acteurs pour obtenir ce qu'il veut. Alors on se détend, on s'abandonne à ce qu'il demande, et HOP, sans s'en rendre compte, on joue. Si bien qu'à 4 heures du matin, le moment que je redoutais tant est arrivé : ma tirade. Ouais, je suis une meuf qui a des tirades. Bah figurez-vous qu'il a suffit de deux prises pour qu'on l'ait ! Et ça, pour une débutante, ça fait du bien à la confiance en soi ! Alors après, quand il a fallu tourner la cascade (ouais, je suis une meuf qui tourne aussi des cascades), ça a été un jeu d'enfant. En bref, on est ressortis de cette expérience épuisés, mais très fiers.

Courts-métrages, angoisses et saut à l'élastique !
Courts-métrages, angoisses et saut à l'élastique !
Courts-métrages, angoisses et saut à l'élastique !

Deux semaines après le tournage, on a assisté à la projection du film dans le cadre d'un festival. Je vous garantis que de se voir en grand à l'écran, et d'entendre les gens rire quand on dit des bêtises, ça fait un drôle d'effet ! Alors voilà, ça avait été une expérience enrichissante à tous les niveaux (humain, assurance, jeu d'acteur, connaissance etc) et ça aurait pu s'arrêter là. Mais... non ! En septembre, fraîchement revenue de vacances, voilà que je découvre un mail de Fabrice, le réalisateur (vous me croyez si je vous dis que je viens de corriger parce que j'avais écrit réalisatueur ? Non ? Pourtant...). Il me propose de jouer dans un nouveau court-métrage (YES) et me demande si pour l'occasion ça me tente qu'il m'offre un... (Attends, WHAT)... un saut à l'élastique. J'vais pas mentir, pendant 10 secondes, c'était non. Et puuuuis, la tête brûlée a refait surface. On ne refuse pas un truc pareil ! Alors voilà, il était établi que j'allais sauter le dimanche 24 septembre, et qu'on tournerait le vendredi 29. Soit, encore une fois, une semaine pile poil avant mon prochain Salon - pensée magique, Bonjour ! 

Courts-métrages, angoisses et saut à l'élastique !

De nouveau, les jours se sont écoulés, très TRÈS lentement, et l'angoisse est montée. Pourquoi j'avais dit oui, moi ? En trois week-ends consécutifs, j'allais : 1 - me jeter dans le vide, 2 - tourner un court-métrage, 3 - faire un Salon. Une amie proche (Daphné, si tu lis 🖤) a clairement halluciné quand je le lui ai annoncé : elle me connait, moi et mes angoisses, et n'arrivait pas à comprendre comment je pouvais surmonter le saut à l'élastique. Pour être honnête... c'est ce qui me faisait le moins peur entre les trois défis. 

Incompréhensible, pas vrai ?

[Attention, c'est l'instant introspection]

Je crois qu'en fait, toutes mes angoisses viennent du fait que je suis extrêmement exigeante avec moi-même. Pour les Salons par exemple, je ne veux pas que ça se passe bien. Je veux lâcher un trait d'esprit dès que j'ouvre la bouche, avoir une coiffure parfaite toute la journée et plaire à tout le monde. Si ça ne se passe pas comme ça, je le vis comme un échec. Est-ce que je suis mégalo ? Bien sûr ! Pourquoi j'adore Louis XIV, selon toi ? Et le problème que je rencontre, c'est que cette mégalomanie est toujours contrariée par la réalité. Alors mon inconscient réagit : j'angoisse, je m'auto-sabote. L'angoisse, ça te donne l'impression que le sol se dérobe sous tes pieds, que tu n'as plus d'air dans les poumons et l'estomac dans la gorge. Difficile d'être charismatique dans cet état. Difficile d'être fonctionnel. Difficile d'être. Donc forcément, pour te protéger, tu fais de l'évitement : tu refuses les sources de stress, et sans t'en rendre compte, un jour, tu n'es même plus foutu de sortir de chez toi. Personne ne comprend. Les autres pensent que tu exagères, voire que c'est simplement une forme de paresse. 

Je ne vais pas m'étendre sur le sujet, mais voilà, ça prend des années pour se rééduquer et mener une vie normale. C'est pas facile, il faut constamment se battre, se lancer des défis (genre oser prendre des cours de théâtre) et se mettre des coups de pied aux fesses. Ce que je fais depuis plusieurs années, à tel point que quand j'évoque mes angoisses, souvent on ne me croit pas. J'ai l'air cool, à l'aise. Bah tiens. Alors pour m'en convaincre à mon tour, je brave la Nausée (Big up à Sartre) et m'inflige des choses que les gens "normaux" considèrent comme des challenges. Imagine-donc ce que ça représente pour moi... Le saut, c'était une métaphore. Un symbole. Si je suis capable de me jeter dans le vide, je suis capable du reste. On a débarqué sur le lieu vers 9 heures, Olivier et moi sautions à 13 heures. Bizarrement, je n'ai pas vu le temps passer. Jusqu'à ce qu'on soit équipés et installés sur le ponton. Là, les secondes ont duré des heures. Je pensais que je reculerais, qu'on s'y reprendrait à plusieurs fois et j'avais peur de faire chier l'équipe. Et c'est là que c'est marrant, le cerveau. Je me suis... impatientée. Fallait qu'on y aille ! Quand je vois les vidéos, je ne me reconnais pas : visage dur, décidé. J'agite les mains en mode "Bon, on y va maintenant", j'insulte un peu le réalisateur (cœur sur toi, Fabrice), puis on saute. Le courage cède vite la place à des hurlements de cheval mort et un je-serre-Olivier-jusqu'à-l'étouffement, mais tant pis. JE L'AI FAIT !!!

Courts-métrages, angoisses et saut à l'élastique !
Courts-métrages, angoisses et saut à l'élastique !
Courts-métrages, angoisses et saut à l'élastique !
Courts-métrages, angoisses et saut à l'élastique !
Courts-métrages, angoisses et saut à l'élastique !
Courts-métrages, angoisses et saut à l'élastique !

Pas le temps de niaiser : cinq jours plus tard, on tournait.

Cette fois, il n'y avait que deux rôles principaux, dont le mien. Et même si une nouvelle tirade pour ma pomme tirait sur l'humour, le reste des émotions à jouer était plus complexe : la peur, le dégoût, mais surtout le love mignon. Autant le dire tout de suite : je suis hyper à l'aise avec la colère, la rage et tout ce que tu veux de négatif. Mais jouer le sourire, l'innocence ou la joie, ça me file des courbatures dans les joues. Véridique : au théâtre, j'incarne souvent des personnages pince-sans-rire, angoissés ou en rogne.

C'est comme ça.

Et donc une fois sur place, en plus de l'angoisse inhérente à ma chère personne (quoique, ce jour-là, ça allait : faut dire qu'après un saut à l'élastique, on relativise), il y avait celle de la difficulté du jeu... Ce doute délicieux de ne pas être à la hauteur. Bah ouais : Fabrice avait misé gros sur moi, pour le coup. On n'était que deux acteurs, le saut était déjà dans la boite. En fait, je n'avais qu'une solution : être bonne. La pression, ça vous dit quelque chose ? On est donc arrivés sur le lieu de tournage vers 19 heures, puis, fébrilement, on a commencé les premières prises. En clair : je ne les passais pas. Je jouais faux, pas crédible, crispé. Et maintenant, pour comprendre par quel miracle ça a marché malgré tout, on va se pencher sur Fabrice, le grand chef (d'ailleurs, jetez un œil à son travail). Il est à la réalisation ce que Tibo Bérard est à l'édition (ouais, je ne bosse qu'avec les meilleurs), c'est à dire qu'il a une vision audacieuse et précise. Et que pour lui donner vie, il est HYPER exigeant avec lui-même et les autres. Perfectionniste et dur parfois, au point que t'as envie de te mettre à pleurer ou de l'envoyer bouler. Alors il y a peut-être une part de masochisme là-dedans, mais je crois que c'est seulement avec ces gens-là qu'on donne le meilleur de soi. Ce que j'appelle affectueusement les "Tyrans". Ces personnes qui ont les épaules d'en diriger d'autres, de les amener à se dépasser, à céder, et qui ne te demandent rien qu'ils n'aient déjà extirpé d'eux-mêmes. Je veux dire, quand tu n'as pas dormi de la nuit et qu'il est déjà 10 heures du matin, que tu tournes une séquence en pyjama sous un éclairage brûlant, où on te demande de jouer le dégoût au point de convulser, que pour ce faire on va laisser la caméra tourner 10 minutes, c'est franchement délicat. Et tu le détestes un peu, le Fabrice. Puis tu le regardes : contorsionné dans les escaliers, la caméra qui lui tétanise l'ensemble des muscles, d'énormes gouttes de sueur qui lui perlent partout sur le front... Tu te dis que tu as rencontré un Tyran, un vrai, et que tu as une sacrée chance de bosser avec lui !

Si en prime, le Tyran a un grand sourire au moment de grâce de la nuit, celui où tu balayes quatre répliques d'un coup en seulement deux prises et qu'il ne sait pas laquelle choisir, tu te dis que l'angoisse, c'est vraiment une invention nulle.

Courts-métrages, angoisses et saut à l'élastique !
Courts-métrages, angoisses et saut à l'élastique !
Courts-métrages, angoisses et saut à l'élastique !
Courts-métrages, angoisses et saut à l'élastique !
Courts-métrages, angoisses et saut à l'élastique !

Alors merci à l'équipe (Coralie, Lise, Nico), à Véronique pour les conseils, à Olivier qui m'a donné cette chance, à Monsieur J et à toi Fabrice, pour ton talent et ta confiance.

PS : j'aurais pu employer un ton moins larmoyant tout au long de l'article, voire carrément me la péter (ça en jette ce que je vous raconte, quand même), mais j'ai choisi de vous présenter les choses telles qu'elles sont. Je ne vais pas en rajouter une couche en vous disant que rien n'est insurmontable, que l'angoisse se combat et qu'il ne faut pas se renfermer sur soi (ça ferait vraiment manuel de PNL), mais l'idée est bien là...

PS 2 : j'aurais pu également vous poster les vidéos, mais Fabrice compte les présenter à d'autres concours de courts-métrages, alors vous vous contenterez des photos 😛

EDIT du 05/10 : bon, juste un teasing alors, parce que vous êtes sages....

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