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La sortie d'un livre

Publié le par Joanne

Nouvel article aujourd'hui, dans la section #écriture du blog (où je vous parle de la vie d'un livre, de la rédaction à la promo). Alors, de quoi va-t-il être question ici ? Votre bouquin, vous l'avez écrit, parfois c'était frustrant, vous avez connu des moments de panne, mais fichtre, rien ne vous arrête car vous voulez devenir écrivain. Donc voilà, vous avez envoyé votre manuscrit aux éditeurs, vous avez attendu, essuyé des refus, et finalement, il a trouvé preneur. Même que maintenant, il va sortir en librairie ! Bravo ! Mais comment ça se passe, cette étape ? C'est ce qu'on va voir tout de suite. 

Z'avez vu comme j'en ai profité pour mettre des liens vers mes autres articles sur l'écriture ?

Z'avez vu comme j'en ai profité pour mettre des liens vers mes autres articles sur l'écriture ?

Une semaine avant la sortie de Marquise, j'étais sur un petit nuage ! Euphorique comme au début du printemps, le soir de Noël ou la veille de mon anniversaire. Je me sentais in-vin-cible ! Faut dire que je l'ai bossé, mon bouquin, et que j'attendais sa sortie depuis plus d'un an. Je bouillonnais, donc. Puis le Jour J est arrivé. C'était un mercredi. Je ne sais pas si c'était dû au stress qui retombait, mais j'avais deux boutons sur le visage. J'ai passé la journée à m'empiffrer, au fond de mon lit. J'étais molle. Et puis déçue : moi qui pensais que cette journée ressemblerait à une fête à la Gatsby... elle a finalement été ordinaire. Voire pénible comme un matin de novembre. 

Mais WHYYY ?

Eh bien je crois que je vivais un baby blues carabiné ! Ma marquise, j'ai passé deux ans et demi avec - depuis le début de la rédaction. Je l'ai un peu partagée avec Tibo, mon éditeur, mais c'est tout ! Elle n'a appartenu qu'à moi : je l'ai élevée et aimée jalousement, en secret, et voilà que ce mercredi-là, elle prenait son envol. Dur. Je venais d'envoyer mon oisillon à la maternelle, avec son goûter et son sac à dos... Je n'avais donc qu'une seule idée en tête : et si les autres oisillons sont méchants avec elle ? Ouais parce qu'à mon sens, les oiseaux sont des créatures très malveillantes.

La sortie d'un livre

Bon, et qu'est-ce qui s'est passé, après le Jour J ?

Laissons tomber les métaphores aviaires, et trouvons-en une nouvelle qui expose ce que c'est, la sortie d'un bouquin. Socialement, ça équivaut à se pointer à une soirée où on ne connait personne. On ouvre la porte, l'assemblée se tait. Alors on traverse la pièce jusqu'à la table Ikea, on en dégage les bouteilles/gobelets/cendriers, puis on monte sur ladite table. Et on se déloque. Puis on attend, comme ça. Tout nu. Tout con.

En tous cas, moi, c'est ce que j'ai ressenti.

Pour la simple raison que pendant la rédaction, puis la correction d'un manuscrit, je ne pense jamais au lecteur. Je me concentre sur mes personnages, mon récit, ce que j'ai envie de raconter. La seule personne à qui j'essaye de plaire, inconsciemment, c'est mon éditeur. Point. Parce que si, pour chaque ligne qu'on écrit, on se demande est-ce que Machin va trouver ça drôle, Bidule ne va-t-il pas être bousculé par ce passage, ou encore et Truc, il va aimer ? je crois qu'on devient fou. D'une, ces potentiels Machins, Bidules, et Trucs, on les connait pas. Puis on ne fera pas l'unanimité, quoi qu'on écrive. Et de toute façon, il me semble que le boulot d'un écrivain, c'est d'être sincère. 

Bref, fini l'autisme créateur, le lecteur va percer ma bulle.

Plutôt flippant. C'est un peu comme retourner à l'école. Les chroniques et avis vont commencer à tomber. Puis les notes, aussi (sur des sites comme Babelio ou Livraddict). Parfois c'est génial, d'autres fois... ça donne envie de se rouler par terre. 

Et pourquoi se roulerait-on par terre, me demanderez-vous ?

Eh bien parce qu'on est à l'affût de ces réactions. Forcément. Perso, ça fait quinze jours maintenant que je me google tous les matins (les auteurs qui prétendent ne pas s'adonner à ce rituel mentent, sachez-le). Donc on arpente le web, et dès qu'on voit son nom et le titre du bouquin, on clique. Ça fait froid dans le dos, dans les joues, le sang se glace... un odieux frisson nous ratisse la colonne vertébrale le temps que la page s'affiche. C'est encore pire qu'entendre un bruit dans son apart quand on regarde un film d'horreur. J'vous jure. Puis on lit les mots des gens. Y en a des beaux, qui vous feraient pleurnicher. Y a des phrases qui commencent mal et se terminent sur un compliment. Y a des compliments qui tournent en eau de boudin. Y a les 17/20... puis les zéros pointés. Y a les avis mitigés, mais construits et détaillés. Y a les coups de coeur et les coups de boule. Y a les "Meh", les "J'aime-pas-c'est-nul", les...

La sortie d'un livre

Puis les gens posent des questions sur le roman, investissent les personnages, s'approprient l'histoire. Le temps passe, les avis se multiplient, le froid dans le dos s'intensifie, puis s'en va au profit de l'allégresse, puis BOUM... quelqu'un a trouvé l'histoire ennuyeuse, le style vulgaire, les personnages débiles ou la fin trop abrupte.

Pour éviter que je vire de la carafe, Monsieur J m'a acheté des gommes parfumées :

Pour comprendre ma lubie avec les gommes, je vous conseille de lire Marquise...

Pour comprendre ma lubie avec les gommes, je vous conseille de lire Marquise...

Donc voilà ce que ça fait, la sortie d'un bouquin.

C'est les montagnes russes, c'est terrifiant, on se sent impuissant, vulnérable (faudrait pas oublier qu'on est tout nu sur une table). En une fraction de seconde, notre ego peut passer de celui de Louis XIV à celui d'un étron suicidaire. On est dépossédé de son livre, et on doit le laisser partir vers autrui. Autrui, il a le pouvoir désormais. Il peut bousiller votre journée avec une mauvaise critique (mais je m'en fous, j'ai déjà bavé mon venin dans un article à ce sujet), comme il peut rendre l'aventure merveilleuse et vous émouvoir aux larmes en ayant "capté" ce que vous avez écrit. C'est une drôle d'expérience, comparable à la passion amoureuse. Certes, quand ça fait mal c'est monstrueux (parce que ça fait très, très mal), mais bon sang (le XIVe siècle voudrait récupérer son juron), quand ça fait du bien, c'est un vrai feu d'artifice !

Je ne suis pas à l'abri d'un coup dur demain, mais aujourd'hui, je suis jouasse.

Et je remercie à nouveau mon éditeur pour tout ça, l'équipe de Sarbacane, chacun des lecteurs qui s'intéressent à mon oisillon, Monsieur J, le Roi Soleil, Elvis, les Illuminati, le printemps, puis la petite voix au fond des tripes qui murmure : Allez, écris !

Parce que c'est Bonjour Kiffance dans ma tête quand je vois ça :

Même mes gommes rougissent devant un tel spectacle !

Même mes gommes rougissent devant un tel spectacle !

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