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La frustration dans l'écriture

Publié le par Joanne

C'est vrai, l'écriture est une passion. Une vocation, même. Une maladie chronique (la preuve : quand je ne bosse pas sur un projet, j'écris ici). Mais comme toute activité artistique, elle implique un investissement considérable, et elle vient avec son lot de sentiments désagréables. Exemple, la frustration. Voyons de suite comment la déjouer !

La frustration dans l'écriture

Parce que bon... cette saleté de frustration intervient SOUVENT dans le processus. Dès le départ. Puisqu'avant d'écrire à proprement parler, il est de bon ton d'avoir une idée. Plusieurs. De les mettre en ordre. De s'organiser. Pour ma part, je ne peux pas commencer la rédaction d'un manuscrit tant que je n'ai pas un plan détaillé très clair du roman que je veux entreprendre. Et parfois, on a tellement envie de gratter du papier qu'il est frustrant de devoir se discipliner. Effet inverse, on peut avoir plein de choses à dire, et ne pas réussir à démarrer (le fameux syndrome de la page blanche). Les deux phénomènes combinés donnent une bouillasse frustrante... qui finit par se dissiper.

Vient alors la phase rédaction. Une page, ou deux, ou dix par jour, tous les jours. Certains jours, on a rempli l'objectif qu'on s'était fixé (rédiger le chapitre 4, admettons). D'autres jours, ça a loupé. Manque de temps, de motivation, d'inspiration, les raisons sont nombreuses. Mais bon, on est lancés, alors on continue le lendemain. Et ainsi de suite jusqu'à finir un premier jet. Cette étape peut-être frustrante pour certaines personnes : d'innombrables heures passées seul, devant l'écran de l'ordinateur, ça peut altérer le cerveau. Tellement qu'on serait prêt à boire une bière avec son clavier. Please.

La frustration dans l'écriture

Une fois le premier jet bouclé, LA chose à faire, c'est de laisser reposer son texte.

Frustrant : Bah oui, on vient de sortir tout ça de nos tripes, on a envie que ce soit lu, aimé, commenté, adulé, on veut être reconnu pour avoir passé du temps à bosser comme un forcené sur son roman, on veut du retour. Impossible. Faut attendre. Laisser son manuscrit tranquille. L'oublier. Pour mieux le retrouver à la phase "correction". Et cette étape-là, elle est très, mais alors TRÈS TRÈS... frustrante. Pourquoi ? Parce qu'on a idéalisé (à tort ou à raison) son écrit. Et quand on remet le nez dedans après plusieurs mois, on le voit pour ce qu'il est : un premier jet, truffé d'incohérences, de problèmes.

Pas grave, on est motivé, donc on se lance dans les corrections. On commence par le fond (structure, psychologie des personnages, chronologie, intrigues secondaires), puis la forme (syntaxe, répétitions, effets de style...). Encore de longues semaines de boulot en vue. Mais ça avance. Même que bientôt, on pourra faire lire son texte (qu'on trouve maintenant vachement abouti) à des bêta-lecteurs. D'autres auteurs souvent, qui porteront un regard critique sur ce qu'on a fait. Souvent, on alterne entre Waouh, il va trouver ça si classe qu'il va pas s'en remettre, et Bordel, je m'humilie en lui envoyant cette daube. Évidemment, l'avis du bêta-lecteur sera plus mitigé. J'aime bien l'ensemble, mais y a une faute ici, un truc pas crédible là, et un personnage naze ici

La frustration dans l'écriture

Bon, sur le moment, on déteste cette personne. Puis on prend du recul, et on se dit qu'elle n'a pas tort. Alors on remanie le texte, encore et encore. Puis on l'envoie à d'autres bêta-lecteurs, qui soulèvent d'autres problèmes. Parfois, on se refait des séances de corrections perso, pour le plaisir. Parfois, on est en train de regarder un film ou de lire un bouquin, et HOP, on y voit une parade narrative dont on aimerait bien s'inspirer, ou une particularité physique qui irait hyper bien à tel ou tel personnage. 

Cette étape m'est indispensable, je l'appelle l'inspiration dirigée.

En gros, pendant une période où je ne suis pas vraiment en train de bosser le texte, je m'entoure littéralement de tout ce qui m'y fait penser : livres sur le même sujet, séries dont l'univers me parle, films où les personnages ressemblent aux miens, musiques qui dégagent les émotions que je veux exploiter, etc... Pour Marquise, c'était Musset, les films de Gérard Corbiau, les débuts d'Elvis et Californication. Pour Liaisons, c'est Laclos, Skins, BRMC, les tueurs en série et (vous l'aurez deviné aux Gifs de l'article) American Horror Story. Donc je me gave de tout ça, et je passe mon temps à prendre des notes. Plutôt cool. Mais également frustrant. 1 - Parce qu'on se dit qu'on n'arrivera jamais à produire une oeuvre aussi aboutie que celles-ci, 2 - On a l'impression qu'on n'aura jamais fini de corriger, 3 - Ça empêcherait presque de mener une vie normale.

Dramaqueen, le numéro 3 ? Je développe :

J'ignore si c'est valable pour les autres, mais moi, quand je suis investie dans un projet (et donc un univers précis), c'est comme quand je suis amoureuse : je ne pense qu'à ça. Le moindre truc me déclenche. Mon cerveau bouillonne, en continu. C'est épuisant. Obsessionnel. Ouf. Et quand j'ai plusieurs projets en tête (quatre en ce moment), je vous raconte même pas. Tout s'entrechoque, fuse, on passe son temps à tourbillonner dans tous les sens, on aimerait écrire TOUT, MAINTENANT, et ce n'est... pas possible.

Frustration

La frustration dans l'écriture

Mais revenons au manuscrit "en cours".

On a enfin fini les corrections, on est allé au bout de ce qu'on pouvait faire, et on est prêt à envoyer la bête à l'éditeur (tout en sachant qu'avec le temps, les autres corrections montreront qu'il y avait des tas de trucs à améliorer - frustrant). On envoie. La nouvelle source de frustration sera l'attente. Elle en décourage plus d'un. Un éditeur va mettre entre deux mois (minimum) à des années pour répondre. Souvent des lettres de refus impersonnelles, d'ailleurs. Là encore c'est frustrant puisqu'on se retrouve avec ce fait : mon bouquin n'a pas plu, il pue même la crotte, mais on ne sait pas pourquoi. Et après tout le boulot abattu, on aurait bien aimé une ou deux lignes pour nous aiguiller. 

Mais parfois, les éditeurs envoient un refus argumenté, c'est le cas du Dilettante.

Et alors là, soyez prêts : ils sont rarement tendres. Ils peuvent même être extrêmement durs dans leurs propos. On ne peut ni répondre, ni se défendre. Il n'y a qu'une seule réaction possible : la remise en question. Et de nouvelles corrections. Frustrant, non ?

La frustration dans l'écriture

Puis un jour, un éditeur dit oui Il aime votre histoire, votre style, il vous signe. JOIE, BONHEUR, MIRACLE. On est tellement content qu'on en oublierait les frustrations qui vont suivre : d'énièmes corrections, plus costaudes cette fois (remaniement de toute l'intrigue, suppression de personnages, changement de temps, coupes, réécriture). Alors certes, c'est pour le mieux et généralement, si a trouvé l'éditeur qu'il nous faut, on est d'accord avec ses idées. Mais damn, on connait son texte par coeur à ce stade, c'est frustrant de le dégommer pour le reconstruire. Hauts-les-coeurs ! On approche de cette phase qu'on attend depuis le début. On va être lu, aimé, adulé. Enfin, cette idée qu'on avait au fond de la tête, c'est maintenant un vrai roman, dont les lecteurs vont tourner/corner/lire les pages ! Bon, mais devinez quoi ? Ce n'est pas tout rose. On va être critiqué, par exemple. Puis on va faire la promo de son bouquin et rencontrer d'autres auteurs (parfois bien chiants). Puis on va clamer à tout le monde qu'on est écrivain, et ce monde va pouvoir nous rétorquer les clichés qu'on sert aux écrivains.

FrustrantEt maintenant, la question que vous attendez tous depuis le début : COMMENT LUTTER CONTRE LA FRUSTRATION QUI JALONNE TOUTE L'AVENTURE ? Vous voulez la vérité vraie ? La vérité vraie, toute nue, toute crue ?

Aucune idée, les mecs.

J'voulais juste mettre le mot frustrant autant de fois que possible dans un article.

Allez, SALUT !

La frustration dans l'écriture

HA, HA, HA !

Plus sérieusement, je crois que la réponse est agaçante : à la fin, ça vaut le coup

Facile ? Oui, mais vrai. On a atteint notre but. Il diffère pour chacun, bien sûr. Le mien, c'est de partager ma vision du monde. Le vivre en prenant des notes, le digérer dans mon spectre, puis le poser sur papier, à la vue de tous. Ça a quelque chose de mystique, vous voyez ? Puis y a cette idée délicieuse, qu'on est parti de rien. Mais genre, totalement, rien. Le vide qui a précédé cet instant surréaliste où on a eu une idée. Quand des mois, voire des années plus tard, cette idée est devenue un objet (qui sent bon en plus) et dont on vous parle, c'est grisant. On a accompli quelque chose. On a dit quelque chose. On a peut-être même été compris. Personnellement, quand je rencontre quelqu'un, j'aimerais pouvoir montrer à cette personne tout ce qui chez moi, est comme chez elle. Pourquoi on est fait l'un pour l'autre. Qu'est-ce qui fait qu'on a éprouvé au cours de notre vie, peu ou prou, la même émotion au même moment. Les relations humaines sont telles que souvent ça rate. Ou que c'est juste impossible.

Mais écrire, ça transfigure ces ratés. 

Ça fait qu'on touche les gens, sans même les rencontrer.

Ça fait qu'on ne s'adresse pas à Truc, Machin, ou Bidule, on parle à l'Homme, en général. On fait de l'universel avec du singulier. Si ça, ça ne vaut pas quelques frustrations de parcours, je ne sais pas ce qui les vaut... En attendant, toi l'auteur qui lis ces lignes en ce moment, si tu es frustré, sache que je comprends et compatis 💜

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