Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Réussir, c'est le mal

Publié le par Joanne

Nouvelle expérience déroutante avec un poissonnier. J'en tremble encore. Du coup, faut que ça sorte - d'où l'utilité d'avoir un blog. Pour rappel, le poissonnier, c'est un auteur (relou) dont j'ai brossé le portrait ici, et ici. Alors, qu'est-ce qu'il m'a encore fait, celui-là ? Eh bien il m'a tout simplement appris que réussir, c'est le mal. Ma réaction :

Réussir, c'est le mal

Mais expliquons le background. C'est pas facile de se faire éditer, comme expliqué ici, , et un peu partout sur le blog. Cette rudesse du métier a tendance à fabriquer des auteurs martyrs. C'est à dire le cliché de l'écrivain raté, qui galère GRAVE à se faire publier. Il écrit, il écrit, les années passent, et impossible d'harponner un éditeur ou de se faire remarquer. Là, les caractères se diversifient - avec plus ou moins de noblesse. Tu vas avoir l'auteur qui persévère, et qui par miracle décroche un contrat chez une grande maison. Aussi possible : le virage auto-édition. Comme ce mec-là, par exemple. On prend ses couilles à deux mains, on s'auto-publie, et parfois la réussite est au rendez-vous. Puis t'as le troisième cas de figure. Le poissonnier. Celui-là, il va finir par mettre le grappin sur un petit éditeur (inconnu, sans diffuseur, bref, c'est pas le Pérou). Et il ne va plus le lâcher. Et il va être tout fier de te dire que lui, il est publié, il a tout compris, mais il garde son intégrité... puisqu'il est chez un petit éditeur. 

Réussir, c'est le mal

Ça veut dire qu'à l'inverse, quand on est chez un grand, on est une raclure.

C'est ce que j'ai appris aujourd'hui, à mon grand étonnement. Mes débuts dans le monde éditorial se sont fait sans bruit : Mets-moi en Pièce, Post-Mortem puis les Nouvelles sous Antalgiques ont été publiés chez de petits éditeurs - pas toujours très compétents ni très honnêtes. Les ventes ont été faibles. C'était la galère. Je ne renie pas ces bouquins pour autant, ils m'ont appris à me repérer dans le monde de l'édition, et à me faire des collègues auteurs. Comme la personne avec qui je discutais aujourd'hui. Dommage que tu n'aies pas continué avec tel éditeur, m'a-t-elle dit, il croyait en toi. Certes, pensé-je, il ne m'aurait pas publiée sinon. Puis j'explique à cette personne que j'ai changé pour le mieux : Marquise est signée chez Sarbacane, maison jeunesse reconnue, en plein essor, où je pourrais aller loin, progresser, me faire un nom et participer à des Salons rémunérés. Bref, sortir enfin des années galère et me lancer dans la vie d'auteur, à proprement parler. En vivre, même. Me réaliser.

Et là, c'est le drame.

Tu veux être rémunérée pour un Salon ? Tu te prends pour qui ?

Puis l'avalanche : c'est un caprice, je crois être le centre du monde. Seul l'investissement personnel fait vendre. Je suis en train de me faire manipuler, formater par de vils commerciaux. On m'appâte, on fait de moi un pion. Je vais perdre ma créativité. Je manque de maturité, on m'aveugle. Ma façon de faire est décevante, j'ai perdu mon âme. Dommage, j'avais mon petit talent... mais bon, on m'aura prévenue. 

Réussir, c'est le mal

Voilà : réussir, c'est le mal.

Les grands éditeurs sont des requins, gagner de l'argent est une immondice ; voir les choses en grand, un crime. Un auteur, ça galère. Ça fait sa promo seul, au Leclerc du coin. Ça vend moins de 500 bouquins, sinon ça devient un enfoiré. Et évidemment, ça reste dans l'ombre. Pour garder son intégrité. Rester soi-même. Sauver son âme.

Alors d'où ça vient, ce raisonnement ?

Les grands éditeurs sont des salopards.

Est-ce vrai ? La réponse est... je sais pas. Jamais été éditée par Gallimard, moi. J'ignore si les vampires de cette maison mangent des bébés ou pas. Alors qui sont ceux qui entretiennent cette idée ? Il s'agit des... vous l'avez sur le bout de la langue ! Et oui, des poissonniers. Pourquoi ? Parce que Gallimard a refusé leurs manuscrits. Ça fait forcément d'eux des cons, non ? Z'ont pas su voir son génie, au poissonnier, parce qu'ils sont insensibles à l'art, idiots ou obsédés par l'argent. Jamais parce que les manuscrits étaient minables. Donc voilà, il le sait, lui : les grands, ça craint. Pourtant est-ce qu'il en a rencontré un ? Connait-il l'édition française ? Le fonctionnement interne de telle ou telle maison ? Bah non : le poissonnier est publié chez TrucMuche éditions, il vend 100 bouquins par an, et il méprise ceux qui fricotent avec le diable. Oh, il méprise aussi les auto-édités - des nuls. Jalousie, hypocrisie ? Je dirais médiocrité. Quand on touche du doigt la réussite, sans jamais s'en saisir vraiment, ça rassure de se dire : je ne progresse pas parce que je le décide. Parce que le monde éditorial est puantCes petites idées empêchent de se poser les bonnes questions : ai-je du talent ? Le mental ?

Tout de suite moins marrantDonc on dénigre ceux qui avancent.

Réussir, c'est le mal

Et puis y a cette notion d'auteurs martyrs.

C'est tellement dur de percer que voilà, pour être un vrai, faut en chier. Ou en avoir chié. Ou se préparer à en chier. Sinon on n'a pas de mérite. Faut avoir un éditeur modeste, sans moyens (et estimez-vous heureux, bande d'ingrats, que ce Dieu-tout-Puissant ait daigné signer votre bouse) qui ne fera rien pour la promo du livre et vous engueulera parce que ça ne se vend pas. Faut lui dire merci et clamer haut et fort que c'est un éditeur à taille humaine, formidable et altruiste. Faut rester pauvre (pourtant, quand on se renseigne bien, l'auteur a des droits, mais ça...). Faut bouffer des pattes et picoler. Mais surtout, faut pas rencontrer le succès, jamais. Succès = caca. Bon, j'avoue, la culture pop, c'est pas formidable. Je hais le foot, je ne regarde pas Games of Thrones, et je ne joue pas à PokémonGo. Oui mais voilà, si Marquise marche par exemple, est-ce que j'en déduirai que c'est de la merde ? Pourquoi les auteurs font-ils ce rapprochement bancal ? Ils ont donc une si pauvre idée de leurs bouquins que si le succès venait les cueillir, ça en ferait de la chiasse ? On nage en plein délire, non ?

Bref, à ces gens je dis ceci : je suis heureuse d'être passée dans la cour des Grands. Non, mon éditeur ne mange pas de bébés. En plus, nous allons faire plein de belles choses ensemble. Pourtant, mon âme est toujours en place. N'en déplaise aux jaloux.

Commenter cet article

Corine 30/09/2016 22:05

Raha rah rah ahhh ! Lol ! Ca c'est vraiment idiot, alors, de demander à un auteur de cracher sur le fait d'être publié dans une (plus) grande maison d'éditions ! Non je crois pas qu'on y perde son âme. il faut peut-être faire attention à ce qu'on signe, je ne sais pas.


Je ne suis pas d'accord non plus avec le parallèle petite maison = médiocrité en quelque sorte.
il y aura toujours des auteurs de talent qui seront publiés là y resteront et aussi ceux qui n'en ont aucun. Il y a aussi qui n'ont aucune ambition et qui s'en trouvent bien, aux pages paisibles lovées, béates dans leur frottement entre deux livres aussi somnolents qu'elles sur l'étagère.
C'est d'ailleurs l'éternelle prise de tête qui finit par rendre un peu barjot:: comment savoir réellement qu'on a du talent si l'on n'est pas publié. Doit-on continuer à se faire confiance ou se fier au gens qui vous attendent sous les spots ?
On ne peut nier aussi qu'il y a des sujets dans l'air du temps qui accrochent plus que d'autres, mais pendant ce temps, d'autres qui font leur petite littérature tranquille qui ne dévaste pas, comme J. Bourdin par exemple, ont tout à fait leur place. Donc... Tout existe.

Certains auteurs d'éditeurs phares ont des amis qui ne sont absolument pas célèbres.
Je ne pense pas que l'on puisse généraliser.

Mais quant à écouter les jaloux, non ça tout à fait d'accord : il ne faut pas.
En avant et BRAVO.

Joanne 01/10/2016 10:48

Tout existe,effectivement.
Et quand on a du talent (et de la motivation), il me semble évident qu'on finira par percer (grande maison ou pas).
Il y a également des auteurs de talent dans des petites maisons (ou auto-édités), et eux généralement n'embêtent personne.
Mais ceux dont je parle ici sont les autres. Ces gens moins bien lotis, amers ou frustrés, qui tenteront de déstabiliser ceux dont ils croisent la route. De projeter sur eux leur propre inertie.
À ceux-là, il n'y a qu'à souhaiter bon vent ;)

Zoé 09/08/2016 11:06

J'ai toujours trouvé que c'était plutôt abusé d'accuser la réussite dans tout.. "Ah, tu as changé, tu as pris la grosse tête", "Tu me parles comme ça parce-que maintenant tu es éditer c'est ça" , " tu penses que tu as tout les droits maintenant que tu gagnes bien" ? C'est gens ne comprennent même pas que c'est eux qui changent par jalousie ou simplement par stupidité, n'est-ce pas ?

- Zoé, 14 ans

Joanne 09/08/2016 14:18

C'est ça. Certains félicitent, d'autres bavent. Mais faut que ça passe au-dessus de la tête

Louise 04/08/2016 08:41

Ah, ça me parle tout ça !
Pff, ce sont des jaloux et des aigris. Ne te laisse pas décourager pour si peu.