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La critique (y survivre)

Publié le par Joanne

On le sait, quand on est dans la création, on se soumet au jugement d'autrui. Souvent, ce gugusse salue le talent, respecte l'effort ou encourage gentiment le créateur. D'autres fois, il trouve l'oeuvre à chier, et il explique pourquoi. Enfin, plus rarement, ce connard descend notre boulot, comme ça, sans justification. Il irait faire sa crotte du matin, que ce serait tout pareil. C'est ce qu'on appelle la critique. Comment y survivre ?

La critique (y survivre)

Bon, pour commencer, il ne faut pas se focaliser dessus : ça peut empêcher d'écrire (syndrôme de la page blanche) et de toute façon, je crois que quand on entame une démarche artistique, on ne devrait pas penser aux autres. Si on écrit pour faire marrer Machin, se venger de Bidule ou obtenir l'approbation de Truc, on est mal barré. Autrui, on s'en fout. Je ne suis pas en train de dire qu'il est permis de rédiger des bouses illisibles, attention : juste que pour lancer le processus créatif, la liberté d'esprit est indispensable ! On se prendra le chou au moment des corrections et de la recherche d'éditeur. Et déjà, pendant cette phase cruciale, la critique peut commencer à tomber. Généralement sous forme de lettres de refus. Le service des manuscrits de telle ou telle grande maison vous informe que votre bébé, malgré ses qualités indéniables, ne peut être retenu pour publication. Que penser de ce genre de lettres ? Pas grand-chose. Traduites, elles disent : tu fais partie des milliers de wannabes qui nous envoient des manuscrits. Le tien, on l'a ouvert page 213, on a lu deux lignes, c'était de la merde, POUBELLE. Hm. Parfois, les motifs de refus seront personnalisés, comme c'est le cas chez le Dilettante, par exemple. Et il faut avoir l'estomac bien accroché pour les lire. Plus tard (après des années de galères, d'incertitude et d'affreuses désillusions) vous trouverez un éditeur qui sera touché par votre manuscrit : il restera critique, malgré tout. Il pourra même être très dur. Bah ouais, un manuscrit n'est jamais parfait, et de toute façon, le boulot d'un éditeur consiste à éditer, soit, selon Larousse, faire la critique verbale d'un texte (vérification et préparation) en vue de sa publication, en l'accompagnant éventuellement de notes et de commentaires. Donc, on n'y échappera pas. Des fois, on peut être découragé par la quantité de boulot... j'ai déjà vu des auteurs se dire "y'a tellement de trucs à corriger que je me demande pourquoi l'éditeur m'a dit oui" ou "j'ai l'impression que je ne sais plus écrire".

Dans ces cas-là, j'ai une chose à rappeler aux auteurs : cet avis est professionnel.

Votre éditeur vous a signé. Il croit en vous, votre talent. Mais il veut vous emmener plus loin. Vous pousser à sortir le meilleur de vous-même. En plus, même si votre manuscrit en l'état vous donne l'impression d'être un cancre de CM2 qui corrige sa rédaction (2/20, vous avez eu, et y'a du rouge partout), rappelez-vous qu'un quart des français ont un manuscrit au placard. Tout le monde écrit. Vous, vous avez décroché un contrat. Vous faites partie des meilleurs. Haut les coeurs, donc ! Fanfaronné-je ?

La critique (y survivre)

Oui, sans doute 

Mais c'est normal : l'auteur a le droit d'être fier quand il a réussi à se faire publier. Une étape formidable, la réassurance, ce goût de victoire après des années de lutte. SAUF QUE, les vexations et autres fissures à l'ego ne font que pointer le bout de leur nez. Comme je le disais au début, créer = se soumettre au jugement. Et donc, écrire un bouquin signifie voir fleurir, sur des sites comme Babelio, Livraddict et cie, des critiques dudit bouquin. Généralement, elles sont mitigées ou positives. Parfois, elles sont assassines. Je me souviens d'une critique sur mes Nouvelles sous Antalgiques qui m'avait particulièrement blessée. On peut la lire ici. Alors certes, ce recueil n'était pas le bouquin de l'année. Mais ça ne me valait pas pour autant un pareil lynchage. Rien que d'y penser, je sens à nouveau le frisson dans l'intestin, celui qui m'avait bousillé les entrailles quand j'ai lu ces mots pour la première fois. Et je crois que tous les auteurs ont leur critique qui fait mal : on en a mémorisé chaque mot, ça nous a déprimés pendant des semaines et des semaines. Alors que les critiques positives, bizarrement, on les zappe. Bref, que faire face à ce genre de choc (euphémisme) ?

Je crois qu'il y a deux écoles en matière de réaction à la critique. 

D'abord, le spirituel : "Merci pour cette critique. Me voilà éclairé de la marche à suivre pour ravir vos coeurs de mes mots. Je me sens plus grand, d'un coup. Vos avis, insultes et mollards m'auréolent, me font grandir à chaque instant " Ce que j'en pense :

La critique (y survivre)

Puis on a le : "Pff... t'façon, je ne serai compris qu'après ma mort. T'as pas aimé mon travail ? C'est parce que tu n'en as pas saisi le sens profond... le sens caché... " Ça console sûrement, de prendre la critique comme ça. Parfois, c'est peut-être même vrai. Mais la plupart du temps, cet auteur (poissonnier) on a envie de lui rétorquer ça :

La critique (y survivre)

Comme je l'explique ici, être auteur, c'est pas facile. Faut être lucide sur soi, sur le monde de l'édition, sur ses écrits. Des fois, on produit de la merde. Des fois, les critiques sont méritées. Répondre systématiquement aux gens qu'ils ne nous comprennent pas, c'est puéril et ça donne une image de mégalo. D'amateur. De con.

Alors, comment qu'on réagit ?

En toute sincérité, pour ma part, y'a deux sentiments qui me gagnent à la lecture d'une mauvaise critique. 1 - le mec n'a pas tort, il appuie où ça fait mal. Disons qu'il a déniché une faiblesse dans l'histoire, un tic d'écriture ou une incohérence dans un personnage. Bon, je garde la remarque en tête, je m'en servirai peut-être à l'avenir. Ça fait chier, ça fait ravaler sa fierté. Mais c'est utile. Un peu. Cool. Par contre, le mec, je vais pas le remercier non plus. Sérieux, ça vous arrive à vous, ce genre d'interaction :

" Hey, t'es hyper moche aujourd'hui. Mais genre dégueulasse, quoi.

- Non, tu trouves ?! Génial ! Viens, j'te paye un coup ! "

Ne soyons pas hypocrites, même si la critique est constructive, ça fait jamais plaisir. 2 - le mec n'a pas accroché. Il ne rentre pas dans mon univers, comme on dit dans le jargon. Hm. Pas grand-chose à faire à ce moment-là. Ça colle pas, faut pas chercher. Le type n'a qu'à passer son chemin, moi je boude un peu, et point barre. (En vrai, ça donne : "Pff, tu rentres pas dans mon univers ? Bah rentre chez ta mère" )

Mais y'a un dernier cas de figure qui fout vraiment les boules. 

La critique méchante, gratuite. La mesquinerie. Vous savez, ce genre de tartine de merde sur votre bouquin, où en plus de régler leur compte à vos mots, on vous fait la peau à vous, en tant qu'individu. Je crois que quand on prend ce genre de truc sur le coin du museau, on a le droit de répondre. On a même le droit de se défendre, pardi !

La critique (y survivre)

D'une part, l'adage toute critique est bonne à prendre, c'est d'la connerie. Perso, je l'accueille, mais ça dépend de la part de qui. Parce que quand on sait qu'un quart des français ont un manuscrit au placard, comme dit plus haut, et que seuls quelques élus publient, on peut en déduire qu'il y a forcément de la jalousie dans le milieu. Et que souvent, quelques-uns de ces wannabes frustrés ont dû abandonner la littérature au sens propre pour se lancer dans le métier de critique littéraire. On les repère vite. Ils sont amers, aigris, ils pourrissent tous les auteurs sur leurs blogs, grands comme petits, et ils en tirent une jouissance absolue : leur plume provoque des commentaires, des réactions. Alors voilà, c'est pas la même chose qu'écrire un livre, mais c'est gratifiant quand même. Et parlons-en, de ce fameux commentaire. On est, il me semble, en plein dedans. Sans déconner, on vit à l'ère du commentaire. Aujourd'hui, cette entité dépasse même l'oeuvre. Avant de lire un bouquin ou d'aller voir un film en salle, on va chercher des commentaires dessus, sur Internet. S'ils sont mauvais, on laisse tomber, s'ils sont bons, à nous de consommer/commenter l'oeuvre. Mais c'est qui, ceux qui rédigent les commentaires qui décident de la vie d'un bouquin ? Avant, c'étaient les critiques, les journalistes spécialisés. Aujourd'hui, n'importe quel quidam peut s'improviser journaliste. Suffit d'avoir un clavier et une connexion Internet. Et ça se ressent. Combien d'auteurs se consolent de leurs mauvaises critiques en en soulignant les fautes d'orthographe ? Et oui, on en est là. La liberté d'expression à gogo. C'est tant mieux, je ne suis pas en train de faire l'apologie de la censure. Mais il serait bon que les tout-puissants commentateurs se souviennent de deux détails :

* Ce n'est pas parce qu'on a le droit de s'exprimer qu'on a quelque chose à dire

* Derrière le livre, il y a un être humain

Que vous vous lanciez dans la critique littéraire par envie, désoeuvrement ou ennui, n'oubliez pas que le bouquin que vous fustigez, un être humain l'a écrit. Ça lui a demandé du temps, de l'énergie. Puis après il a lutté pour trouver un éditeur, se faire connaitre etc. Alors c'est facile pour vous, de rédiger quinze lignes acerbes (ça prend quoi ? 10 minutes), mais gardez à l'esprit que l'auteur, lui, il lui a fallu des années pour produire les écrits que vous trouvez médiocres. Vous avez le droit de les trouver médiocres, mais ça n'empêche pas de respecter le travail fourni. Bon, puis si vous êtes un frustré du stylo qui, après s'être fait recaler par plusieurs maisons d'édition, à décidé de se recycler en critique, je ne peux vous dire qu'un seul petit truc :

La critique (y survivre)

Alors pour finir, je m'adresse aux auteurs qui ont déjà été dévastés par une critique, ont peur de l'être, ou se sentent fragilisés, tout simplement : oui, quand on écrit, on se soumet au jugement. Le moindre clampin a donc le droit de donner son avis sur notre travail. Mais ça ne veut pas dire que ce moindre clampin a raison, qu'il est légitime, ni même que son avis est fondé. Des fois, la réussite des uns, ça fait chier les autres. C'est tout. Faut pas le prendre à coeur. Faut juste apprendre à se protéger. Et ne pas hésiter à relire les critiques positives. Puis... avouez qu'elles sont plus nombreuses !

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Corine 05/10/2016 00:14

Bonjour,
Merci pour vos encouragements et belle continuation (comme d'hab je ne me serais pas douté que mon com prendrait autant de place. Désolée).

Joanne 05/10/2016 09:53

Aucun souci, au contraire !
À bientôt Corine ;)

Corine 30/09/2016 21:23

Bonjour !
Je ne peux pas m'empêcher de te/vous (?) répondre. On n'est pas de la même génération et je ne te/vous connaissais jusqu'à il y a quelques heures. Comment je vous ai repérée, au fait ???? Mer... Ah oui ! En tapant "critiques du Dilettante !" Je ne suis pas nature synthétique ce qui me "prive" du chagrin et de l'anorexie de la page blanche (lol) mais qui est en revanche un défaut évident dans le domaine de l'écriture. Je suis de ceux qui n'ont pas de plan et qui laisse couler puis reviennent sur ce qu'ils ont fait.Enfin, je devrais mettre cela au passé. Vous dites que l'on n'écrit que pour soi. Je sais que c'est ce qu'il FAUT, indubitablement, pour toute création, ma cervelle le sait. Je savais ce danger, mais je n'écrivais que pour une personne avant tout qui m'y encourageait fortement. J'ai eu des nombreuses retombées positives d'autres personnes (les fameux compliments dont vous avez parlé quelque part, dont on ne sait plus s'il faut les prendre tel qu'ils sont ou à 10 % !) Ayant perdu mon moteur, ces 2 yeux qui me lisaient (on ne va pas rentrer dans les détails, c'est juste pour étayer sur le danger !) je n'ai plus pu. Malgré les autres. Ecrire oui, mais avoir envie c'est autre chose. J'aimais ce que j'avais fait une fois fait ! J'aimerais vraiment réécrire, c'est vital. Pour douter, ça je sais douter ! Mais prendre aussi quand même les jolies choses et regonfler l'ego aussi :-) On connait, ça 'fait pas de mal. Ca c'était pour me présenter. Je vous écris en vrac, désolée. C'est sincère, en tout cas. Bref revenons à vous. Je trouve franchement que vous avez une maturité étonnante. Vous parlez d'années de travail (j'ai écrit environ 6 ans jusqu'à 2015. Ca ne me serait pas venu à l'idée avant).J'ai envoyé un jour mon manuscrit au Dilettante. Par chance je connaissais déjà jusqu'où pouvait aller le mot qui blesse, des auteurs l'ayant relaté, tout ensanglantés du moral ! :-( . J'ai pu donc relativiser quand même en comparaison...
Vous nous parlez aussi de cette critique de ce site de vente. Je comprends de toute mon épine dorsale ce que l'on peut ressentir vis-à-vis d'une réponse négative, mais je vais me permettre de vous dire : oui je vois où ça fais mal mais aucune, aucune n'a pu vous dire que votre travail était nul, ou que votre histoire était à chier (la dame attendait un autre développement, une autre forme notamment, on l'a bien compris)
Pour le Dilettante, il ne vous a pas découragée comme il l'a fait pour bien d'autres qui ont beaucoup de mal à s'en remettre mais je signale quand même au passage qu'il a parlé de nombril. or qui dit nombril se réfère quand même à l'humain qu'il y a derrière la page. Aucun donc n'est tout blanc ou tout noir.
Vous avez tout compris et je suis d'accord : on a besoin d'un avis (qu'on l'on aimerait bien plus nuancé) impartial qui nous montre où ça cloche, ce qu'on ne voit, ce que les autres ne voient pas non plus ou ne nous disent pas. Ne pas patiner. Moi aussi la critique que j'ai reçue, je l'ai mal prise (autant plus que les exemples cités de mon livre n'auraient pas été ceux que j'aurais choisis pour le défaut incriminé) mais au fil des mois, je sais parfaitement qu'il y avait beaucoup de vrai, au moins dans l'un des deux adjectifs qui ne m'ont pas plu..
Votre courage d'avoir décidé de systématiquement faire appel à leur lecture m'a bluffée.
Retenez donc que vous avez eu leur attention, que nulle part rien n'est dit pourri, loin de là.
C'est énorme.
Je n'avais pas vraiment apprécié qu'ils se permettent de lessiver une ado par contre. C'est qu'on est bien d'accord. On met toutes ses tripes dans l'écriture !

Vous êtes très lucide, très battante, avec un réel potentiel. Moi c'est ce que même avec les critiques, j'ai lu. J'oubliais : très vivante.
Bonne soirée.
Corine

Joanne 01/10/2016 10:42

Bonjour Corine,

je crois que la critique sert définitivement à avancer, se remettre en question, mais tout dépend de qui elle vient. Si l'interlocuteur est bien attentionné, on prend, sinon, on s'en fiche.
Elle doit donc aider à corriger nos défauts, mais jamais l'envie - moteur principal !
Tant qu'il est là, il faut bosser.

Courage à vous, si l'écriture vous est destinée, vous reprendrez la plume, tôt ou tard :)

Marigwenn 23/08/2016 23:19

"Aujourd'hui, n'importe quel quidam peut s'improviser journaliste. Suffit d'avoir un clavier et une connexion Internet. Et ça se ressent. Combien d'auteurs se consolent de leurs mauvaises critiques en en soulignant les fautes d'orthographe ? Et oui, on en est là."
Putain c'est tellement vrai.

Didier 24/05/2016 14:06

Moi... maintenant... j'écris mes romans sur le sable... juste avant la marée...

Emma Lanero 23/05/2016 16:28

Je plussoie!!!