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Poissonniers et Turpitudes

Publié le par Joanne

Vous vous souvenez peut-être d'un article que j'ai posté il y a plusieurs mois, à propos des auteurs relous. Si ça ne vous dit rien, il faut aller le consulter par là. Si ça vous parle, je suis certaine que vous vous souvenez de l'un d'eux, j'ai nommé le poissonnier. Eh bien voilà, il a encore frappé, et je m'en vais vous raconter son histoire. Tout a commencé hier. Fébrile, je me préparais à rencontrer Axl Cendres à l'occasion du Printemps du Livre de Grenoble (même que j'y avais déjà croisé Tibo, la preuve ici) quand soudain, en checkant ma page Facebook, je réalise que j'ai un message. Moi j'aime bien ça, qu'on m'écrive. J'ouvre donc ma messagerie pour tomber sur ceci :

Poissonniers et Turpitudes

Bon, soyons honnêtes, la proposition est charmante, et plusieurs années en arrière, j'aurais été flattée. Quel auteur n'aime pas se faire draguer ? Mais il y a un hic dans le procédé. Je m'explique : il n'y a qu'à analyser le message. Son auteur m'y parle de nombre de likes et... point barre. Pas l'ombre d'une remarque littéraire, d'un point commun entre lui et moi ou de la raison qui l'aurait poussé à apprécier mon travail. Puis vient (mais alors très très TRÈS rapidement) le moment du "partage" de page. "Je me permets de vous proposer la mienne..." Les trois petits points m'indiquent que c'est à mon tour de me mouiller et de liker la page de cet inconnu. Allons bon. Je la survole, j'y vois un auteur dont le travail est plutôt éloigné du mien et je ne comprends pas bien la démarche. C'est là que la triste vérité s'impose : j'ai affaire à un poissonnier. Il est tombé sur moi par hasard, dans sa course effrénée à la popularité virtuelle, et il s'est jeté dans mes bras sans me connaître, uniquement pour que je lui rende son étreinte. 

Ça arrive continuellement et ça me casse les coui... pieds.

Pourquoi ? Je n'oblige personne à s'intéresser à mon travail, en revanche, j'aime que ce soit fait avec sincérité, et pas pour obtenir de moi un "j'aime" creux qui fera gonfler le compteur. Non mais sérieux, quel intérêt ? Plus de visibilité ? Plus de "réseau" ? MES FESSES. Ce genre de flirt forcé entre auteurs ne SERT À RIEN. Il n'y aura ni réel engagement ni vraies interactions entre les deux parties, outre ce nombre tout puissant de likes échangés, et basta. L'allégresse va durer 3 minutes (la plus dérisoire de toutes les drogues) et après, le silence. Jusqu'au jour où l'un des deux va retirer son like. L'amputé sera malheureux comme les pierres, incapable de savoir qui, parmi sa pléiade de "fans" sans identité lui a tourné le dos. Ça ressemble aux groupes de partage sur Facebook. On y trouve de la publicité sauvage dans tous les coins, à laquelle chacun reste hermétique, dans l'espoir toutefois que les autres s'intéressent à nous. Plutôt déprimant, je trouve. J'ignore donc la requête de mon dragueur, quand soudain...

Poissonniers et Turpitudes

Sous-entendu, je suis une connasse.

Ça a le don de me mettre en boule. Généralement, je prends sur moi et je réponds. J'explique mon point de vue, mettant en avant que même ce genre de réponse désagréable est préférable aux faux-semblants. Et là, y'a trois catégories de poissonniers. Primo, celui qui sait que je l'ai démasqué mais qui ne veut pas l'admettre. Il va m'expliquer en long et en large qu'on DOIT se serrer les coudes entre auteurs, échanger nos likes comme une main tendue dans ce milieu de requins qu'est celui de l'écriture, les bénéfices qu'on en tirera et pourquoi on est fait l'un pour l'autre. Le tout en orthographiant mal mon prénom et sans jamais parler de mon travail ni du sien. OK. Deuxio, on va avoir le poissonnier mécontent. Ça n'a pas mordu à l'hameçon, il est dégoûté, il repart silencieusement avec le like dont il vous avait béni dans la poche. Pourquoi pas. Et tertio, y'a le poissonnier tenace. Lui, il a été piqué dans son orgueil et il compte bien vous le faire payer. Il va donc vous démontrer par A + B que vous êtes un enfoiré, un égocentrique sans humilité, un péteux dégueulasse, vous ne pensez qu'à votre poire et c'est pas comme ça que vous percerez dans le métier (oui, ce poissonnier-là a déjà percé, LUI). Bon, rien de tout ça n'est jamais sympatoche. Du coup pendant longtemps, et pour éviter ce genre de conversation, j'ai accepté le like du poissonnier, je lui ai filé le mien sans le vouloir, et j'ai attendu que ça passe. Cradingue.

Quand on y réfléchit, ça évoque vaguement ça :

Poissonniers et Turpitudes

Alors je sais qu'on est tous poissonniers sur les bords (et c'est normal, qui n'a pas envie d'être connu et reconnu ?) mais admettons tout de même que l'amour virtuel, c'est mieux quand c'est consensuel. Et puis franchement les mecs, d'accord faut faire sa promo, mais le succès de vos bouquins il se joue en librairie, pas sur les messageries privées des auteurs. En plus, quand je regarde les profils Facebook des poissonniers, j'y vois systématiquement la même chose : 1000/2000 j'aimes ou amis, et pourtant, dès que le poissonnier publie une actu, y'a quoi, deux personnes qui y réagissent (Tata Paulette et Cousin Maurice) ? Est-ce que ça vaut vraiment le coup de passer pour un rabatteur, juste pour ça ? Parce qu'OK, c'est dur d'écrire, de se faire éditer, de vivre du métier etc, mais est-ce VRAIMENT réconfortant de se créer une armée de faux amis sur le web ? J'veux dire, certes, ça fait du bien d'être lu et soutenu, mais c'est un processus qui prend du temps. Qui se mérite. Et il me semble que les lecteurs sont plus aptes à se fidéliser et s'engager avec vous quand ils sont LIBRES. Trop de gens pensent que parce qu'ils ont réussi à pondre un roman, la Terre entière leur doit amour et allégeance. C'est faux. Et les poissonniers qui partent de ce principe sont souvent déçus à leur sortie de leur livre : NON, on ne vous attend pas de pied ferme, NON, personne n'a l'obligation morale de vous acheter votre ouvrage (ni la famille, ni les amis, ni les connaissances internet), NON, l'intérêt des autres auteurs ne vous est pas DÛ, simplement parce qu'ils partagent la même vocation que vous (et les mêmes emmerdes). Pareil que le sexe : le flirt n'oblige pas à passer à la casserole. Avoir couché avec quelqu'un une fois ne force pas à récidiver. On a le droit de se rétracter.  

NON MAIS !

Petit bonus des eaux Facebook, pour clôturer cet article. Des fois, y'a pire que le poissonnier. Et si. Le poissonnier qu'à même pas de poisson à vendre. Le jour où j'ai reçu le mail cité plus haut, un second hurluberlu m'a contactée dans la foulée (appelons le Big Fish pour protéger son anonymat). Le mec me demande si je suis parolière. Bon, j'ai déjà tenté l'expérience pour des amis, sans plus, alors je lui demande frileusement des infos. Big Fish m'annonce qu'il va monter un groupe de metal et qu'il a besoin qu'on lui écrive des chansons. Hm, c'est flou. Je ne promets rien, j'essaie d'en savoir plus. Il me faut une base, un projet quoi. Big Fish noie le poisson (hoho) et déclare qu'il veut faire connaissance. Il me demande si j'ai des passions dans la vie. O-K. Weird. J'essaie d'en venir au fait et réponds que s'il m'envoie un projet précis, j'y jetterai un oeil. 

Et là... c'est le drame :

Poissonniers et Turpitudes

Je propose une minute de silence pour toutes les minutes perdues à se faire pigeonner par des types qui confondent les pages pro Facebook avec une ramification obscure de Meetic. Et encore, je suis auteure, je n'imagine pas les messages que doivent recevoir les modèles photo... Bref, y'en a à qui internet donne une confiance crasse. Pour me consoler, je me dis qu'hier j'ai rencontré une auteure formidable (Axl Cendres) et qu'en apprenant de ce genre de personne, je saurais voguer vers des flots plus clairs que ceux où prolifèrent les poissonniers et autres lourdauds en chair et en écailles   🐠   🐟

Poissonniers et Turpitudes

Z'avez vu la transition parfaite, où j'me la pète sans avoir l'air de me la péter ?

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Corine 30/09/2016 21:49

Ah mais c'est partout ça !! Malheureuse :-)! Sur les blogs, il y a ceux qui sont sincères, qui te soutienne de toutes leurs bras sans avoir à te demander quoi que ce soit et d'autres dont on flaire à 3 km qu'ils n'ont pas lu une ligne mais veulent te rabattre dans leur filet. Sans compte que chutttt il y a un site où régulièrement une comptét se joue pour un prix dans chaque style, où à plus grande consternation dès leur lecture et commentaire les commentateurs/lecteurs te demandent du donnant-donnant sous prétexte que comme tu dis il faut se serrer les coudes ?! Et sans diplomatie en plus, super évidents : genre "tiens,; mon vote et je t'invite à voir mon nouveau texte "....." merci.
Mais quelle valeur cela peut avoir ? On se le demande et je me demande comment ça leur suffit ! Juste pour dire j'ai un prix tout en sachant qu'ils ont racolé ?!?.Sans doute. Comment peut-on savoir, encore une fois, ce qu'on vaut ? C'est absurde ! Je n'ai pas été la seule à le dire mais moi j'ai carrément fait un billet et je me suis retiré très vite, soulée. Une participante m'a parlé de mon amertume" ((chose que l'exècre) j'ai eu du mal à discerner où , étant placée dans les premiers finalistes (j'essayais de me remettre de la lecture qui me boostait qui n'était plus) j'aurais bien pu receler au fond de moi des relents de rancoeur nourrie et fermentée. J'oubliais ; les incitations à voter reçus dans ma boite mail sur ce lieu virtuel.
Les plateformes partent très souvent d'une excellente idée, mais il y a des cas qui font que ça n'a plus de sens. Donc il faut s'en aller ou bien trier et laisser parler ceux que l'on empêchera pas de continuer à se dire : il faut exister peut importe le moyen.
...
Tout ça pour dire que tes poissonniers, c'est universel. Triste ou drôle comme on veux.
J'ai bien aimé ce nom de "poissonnier". C'est un peu comme une coquille dans un texte aussi, on dirait !

.

Joanne 01/10/2016 10:37

Oui, ils sont partout...
Et dans tous les domaines, malheureusement.
C'est de plus en plus rare de trouver des personnes désintéressées... mais il en reste !

Elsa 05/04/2016 10:08

Haha, les pires !!