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La patience, vertu indispensable à l'auteur

Publié le par Joanne

J'avais déjà rédigé un article qui abordait plus ou moins la distorsion du temps dans le monde de l'édition, mais j'ai bien envie de m'étendre sur le sujet, aujourd'hui encore. Ça fait passer le temps. Et du temps... j'en ai tant que j'en ai à revendre ! HOHO, rigolo.

La patience, vertu indispensable à l'auteur

Quand on est auteur (ou aspirant auteur, au minimum) il est nécessaire de désapprendre tout ce qu'on connait sur la notion de temps. Faut même démolir ce concept. Et le remplacer par du vide, le flou, une spirale, l'infini x 12. Je m'explique. Pour commencer, écrire, ça passe par être inspiré. Et ça, c'est pas instantané. Le jour où on a une idée principale, faut pas croire qu'un "roman" est né, donc. Loin de là. Parce que petit à petit, il va falloir que cette idée fleurisse, qu'on y greffe d'autres idées, que les personnages se matérialisent, trouvent leur nom, etc. Il va falloir faire un travail de recherche, aussi. Noter tout ça dans un carnet. Laisser les choses reposer. Éclore. Et des fois, ce cheminement, il prend des années. Genre en novembre 2014, j'avais eu une idée géniale de bouquin : un truc de boite à musique, de bikers et de monde parallèle qui serait la Grèce Antique des années 50. J'ai tout noté dans un joli carnet neuf. J'ai le plan, les personnages, le déroulement... ouais, mais je peux pas le commencer, ce truc. C'est pas le moment. J'ai d'autres choses à faire avant, puis ça n'a pas assez macéré dans ma tête. Pourtant c'est pas l'envie qui manque. Mais faut que j'attende. (T'façon, si j'attend pas, c'est le syndrome de la page blanche assuré)

Et quand il sera là, le bon moment, bah je serai pas sortie de l'auberge.

Parce qu'écrire un livre, c'est looooooooong. Exemple : moi, à plein régime (6h/jour, 5 jours/semaine), il va me falloir un ou deux mois pour dégueuler un premier jet pas trop cradingue. Et  comparée à d'autres, je crois que je suis rapide ! En plus, j'ai la chance de me consacrer à l'écriture, donc pas de boulot chronophage à côté. Bon, mais ça, c'est encore raisonnable. Le problème c'est qu'après cette partie rédaction, faut un laps de temps où le premier jet se repose et où les idées mijotent dans le cerveau.

(Et où l'auteur, qui a couché sa précieuse âme sur le papier, passe successivement par les 5 étapes du deuil)

(Et où l'auteur, qui a couché sa précieuse âme sur le papier, passe successivement par les 5 étapes du deuil)

Ce temps de repos, il doit durer plusieurs semaines... au moins. C'est les boules, parce que l'auteur a HYPER envie d'avancer sur ce projet, de le faire lire/naître/adapter au cinoche (oui, l'auteur se fait des films). Mais il faut résister. Et puis... si on se lance dans une relecture prématurée de son manuscrit, on ne trouvera rien à lui reprocher : on vient de le pondre, il est encore miraculeux à nos yeux. C'est comme la passion amoureuse. Heureusement, ça dure pas. DONC, on a attendu, et tout angoissé comme une pucelle avant sa nuit de noce, on s'apprête à redécouvrir son trésor. Sauf que... c'est de la bouse intergalactique. Incohérences, fautes de partout, personnages inutiles et superficiels, histoire bidon : le manuscrit, c'est Cendrillon après minuit. Et LÀ, maintenant qu'on est lucide, on peut corriger. Ce qui va prendre 2 à 3 mois. Et après, HOP, aux oubliettes à nouveau. Avant de recorriger. Bon, je vous fais pas de dessin : il faut bien un an pour écrire un roman.

La patience, vertu indispensable à l'auteur

Donc entre l'idée première (je reste sur l'exemple de novembre 2014, tu te souviens ? La Grèce Antique des années 50), la décantation, l'écriture, les corrections multiples et le manuscrit final, disons qu'il se passe deux ans (novembre 2016, pfiou...).

Mais là, un nouveau facteur entre en jeu. Pour allonger le temps. J'ai nommé l'éditeur.

Souvent, on envoie son manuscrit, et 2/3 mois après, on reçoit un refus type. Fin de l'histoire. Oui, c'est injuste, c'est ceci, c'est celà, mais c'est surtout long, en soi. Quand Mr Toutlemonde (un mec sympa, par ailleurs) a eu un entretien d'embauche, il n'attend pas aussi longtemps pour qu'on l'envoie paître. Mais passons, et admettons que le manuscrit ait séduit (WAOUH). Eh bien, il remontera du comité de lecture au directeur de collection (bah oui, on atterrit pas direct sur le bureau du patron). Et pour que ce directeur de collection le lise, il faudra 2/3 mois. Bon. Quand le bonhomme l'a lu, il va probablement envoyé à l'auteur (qui à cette heure-là s'est arraché les cheveux, rendu fou par l'attente) un refus personnalisé. Oui, c'est injuste et blabla, mais ce n'est pas le sujet de l'article. Ici par contre, oui. Et un peu ici, mais en moins grognon. Bref. Admettons que le directeur soit séduit. Il va passer un coup de fil à l'auteur (qui a l'impression d'avoir Dieu au bout du fil, carrément), et lui donner des indications, des conseils pour son manuscrit. L'auteur, tout affolé, va picoler pendant une semaine entière. Et se remettre au boulot (2/3 mois de correction). Il renvoie le bouquin au directeur (2/3 mois d'attente). Le directeur redonne quelques pistes pour que l'auteur corrige (pendant 2/3 mois) et rebelote. Jusqu'à ce que l'auteur fournisse une version de son travail qui satisfait le directeur, et là, il lui propose un contrat.

Et ça, c'est au cas où le manuscrit séduit un directeur !

La plupart du temps, l'auteur corrige son bouquin, l'envoie à des maisons, essuie des refus, recorrige, et ça ne se solde que par une overdose de valium. BOARF, ON PLAISANTE ! Bref, vous avez pigé, entre le moment où votre roman chéri est, selon vous, terminé, et l'instant où vous décrochez un contrat, il peut se passer des années.

On en est à novembre 2017, donc. Voire décembre 2017 (à cause des semaines perdues à picoler).

La patience, vertu indispensable à l'auteur

Bon, mais OH, y'a de quoi être fier !

Maintenant, l'auteur est signé. On tient le bon bout. Maaais, y'a un hic : l'auteur n'est malheureusement pas le seul auteur à attendre que son bouquin sorte. Et généralement, les programmes éditoriaux sont... chargés. Alors l'auteur sera publié disons... un an après la signature du contrat. Et si la maison est débordée, en plein BOUM ou en retard, peut-être que ça ira jusqu'à 2 ans. Le retard peut aussi être de la faute de l'auteur : s'il ne respecte pas les deadlines du boulot éditorial (les ultimes corrections sous la tutelle de l'éditeur), bah ça décale encore un peu la date de sortie.

Mais un jour, OH OUI, un beau jour lointain, le bouquin parait. ENFIN. Il est temps d'en faire l'éloge aux lecteurs curieux, d'aller le feuilleter en librairie (l'auteur a des failles narcissiques) et de lire les critiques assassines sur Babelio, bref, il est temps de voir le fruit de son travail prendre forme !  Ce truc qui est né dans notre cerveau alcoolisé, un soir de novembre 2014, et qui existe maintenant, sous forme physique, qui sent le papier neuf, qui va mener sa vie auprès du public ! Sauf que... on est en juillet 2019. On en a chier. On en a manger, aussi, du caca, pour en arriver là. Et on a été VACHEMENT PATIENT. Mais ça, peu de gens s'en rendent compte. Ils comprennent pas trop pourquoi l'auteur est un brin givré, du coup. Ou... complètement marteau.

La patience, vertu indispensable à l'auteur

Tout ça pour dire que si jamais un soir de novembre, je vous confie que j'ai l'intention d'écrire un bouquin sur la Grèce Antique des années 50, le premier qui me demande " Et euh... on pourra le lire quand ? " je lui colle mon pied gauche aux miches. Sans plus de cérémonie. Quand je vais répondre (toujours avec mon pied dans ses fesses) " En juillet 2019 ! " et que le copain du premier va me dire " Sérieux ? Attend, sérieusement ? Mais c'est hyper loiiiiiiiiiiiin ! " j'enfoncerai mon autre pied dans ses miches à lui. Et enfin, l'écrivaillon (un peu relou) qui se planque dans un coin de la pièce, et qui en sort pour claironner : " Moi, je vais plancher sur un bouquin, genre Moyen-âge du futur. Le temps d'écrire et de trouver un éditeur... et ça sortira au printemps ! Easy ! "

Lui, j'ai plus de pied à lui mettre nulle part, alors je le regarde de traviole. Très fort.

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Zetta 20/06/2016 11:54

Hahahaaaa mais comment t'as trop raison ! Mais comment ils font, ceux qui pondent un roman tous les six mois, ils passent par toutes ces étapes mais ils relancent en parallèle d'autres bouquins ? Parce que moi j'espérais vaguement que quand je serais grande j'écrirais plus vite...

Joanne 20/06/2016 16:47

Ça doit être ça, ouais : jongler entre plusieurs projets, entre plusieurs maisons, entre plusieurs versions d'eux-mêmes ;)

Alicia 22/12/2015 18:40

C'est excellent et tellement vrai ! :D

Maxime 22/12/2015 18:39

Tellement ça, c'est excellent XD