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Le syndrome de la page blanche

Publié le par Joanne

Que l'on soit gratte-papier apprenti, auteur confirmé, blogueur, étudiant qui doit pondre un mémoire bien ficelé, ou juste poète à ses heures, nous sommes tous menacés, un jour ou l'autre, par cette frayeur viscérale de la page blanche. Stylo tremblotant, doigts lourds, vide aveuglant. On n'écrit rien et on se décourage, persuadé au fond de soi  d'être un boudin sans talent qui ferait mieux d'oublier ses rêves. Je dis HALTE à ces pensées parasites, et t'invite, toi et ta verve morte, à analyser les blocages qui t'empêchent d'écrire. Comme ça, on va envoyer la page blanche se faire barbouiller.

En trois points (non, je n'ai pas de tocs), allons-y !

Le syndrome de la page blanche

VAINCRE LES CRAINTES

Et au début, il y a la trouille. Cette ennemie vicieuse qui s'infiltre dans l'esprit et le paralyse. Selon moi, il y a trois grandes "terreurs" qui font que l'on a le stylo en berne, la première étant la peur de décider. Et oui, entre l'envie d'écrire et la mise en acte, il y a ce passage obligatoire, fruit de l'audace, qui nous mène à véritablement entamer un texte. Parfois, ça fout tant les pétoches de se prendre en main qu'on repousse... jusqu'à ne jamais débuter quoi que ce soit. Normal : tant qu'il n'y a pas d'écrit, il n'y a pas d'échec. On se complaît alors dans ce statu quo rassurant, puis on se frustre, puis on perd confiance en soi. Il est impératif de briser ce cercle vicieux et D'AGIR. Mince, pour une fois qu'on est le seul décisionnaire à bord, qu'il n'y a ni patron, ni prof, ni entité extérieure pour donner des ordres ou avoir des attentes, il faut juste foncer !

Mais là, une autre peur intervient. Celle de la liberté. Bah ouais, tu es là, esseulé face à un document Word vierge qui te fixe, et franchement, c'est tout à fait... déstabilisant.

Notons le caractère cynique de ce curseur qui clignote et nous juge...

Notons le caractère cynique de ce curseur qui clignote et nous juge...

À la vue de ce vide oppressant, il est normal de paniquer, de se sentir dépassé et de perdre ses moyens (voire son inspiration). Dans ce cas-là, il faut RELATIVISER. Si ce n'est pas aujourd'hui, ce sera demain, ou après demain, et ce n'est pas grave. Bien sûr, il ne s'agit de procrastiner, seulement d'avancer à son rythme et d'attendre le moment où on est prêt. On peut se fixer des objectifs et des deadlines, se cadrer, mais à trop s'en demander quand on ne le sent pas, on finit par se braquer et ça part en vrille. Perso, je peux alterner des phases d’hyper-rédaction avec des périodes légumineuses ou rien ne me sort du ciboulot, et je n'en fais pas un drame. Alors take it easy baby, comme le chantait Jim Morrison. La dernière inquiétude à foutre en l'air est bien entendu la peur du regard de l'autre. Soyons honnêtes, même si on écrit "pour soi uniquement" (mes fesses, on écrit presque toujours pour être lu, d'une façon ou d'une autre), on ne peut s'empêcher d'imaginer le rictus de dégoût étalé sur la face cramoisie du grand méchant Autrui qui tombera sur notre texte. En gros, on anticipe une situation négative qui n'existe pas encore (et n'existera peut-être jamais, d'ailleurs). Mon conseil pour contrer ce mécanisme, c'est de NE PAS SE PROJETER.

1- On n'a pas commencé, donc il n'y a encore rien à critiquer.

2- Cet instant de partage et d'éventuel jugement, c'est TOI qui décideras de sa date.

3- Si tu es obsédé par les défauts de ton travail (normal, c'est le tien), dis-toi bien qu'Autrui ne les verra pas scintiller avec la même intensité. C'est comme avoir un bouton sur le pif : pour toi, c'est une liane ; pour ton interlocuteur, il est quasi invisible.

4- Outre si t'es sur le devant la scène, il est très peu probable que tu te frottes à des critiques véhémentes ou à une lapidation en règle. À ton niveau, ce sera plutôt quelques conseils, voire des encouragements, que tu récolteras auprès des lecteurs.

Et puis attends, pourquoi disserte-t-on sur l'effet que tes écrits auront sur les autres alors que tu n'as encore rien écrit ? HEIN ? Ce n'est pas le monde à l'envers, ça ?

Le syndrome de la page blanche

SE LANCER

Quand on a décidé que le moment était venu, il n'est pas facile pour autant de se plonger dans l'écriture. D'abord, parce qu'on a tendance à s'éparpiller. On veut écrire un truc inédit, génial, parfait, irremplaçable. On veut l'écrire maintenant, et le terminer dans l'heure. Évidemment, ça ne marche pas comme ça. Pour composer quelque chose de bon, il faudra du temps et du boulot. Beaucoup. Acceptons que ce qu'on aura écrit, à la fin de la journée, ce sera certainement un torchon imparfait. Si, j'te jure. Et ça fait rien, tant qu'on ESSAYE. Ensuite, même avec la plus folle idée du siècle et une motivation hors du commun, se mettre dans le bain peut être délicat. La première phrase, ça ne vient pas tout de suite. On est bloqué. C'est alors le moment de se libérer de ses entraves, et de S'EXERCER. Si on ne parvient pas à se lancer dans sa superbe saga de 158 tomes pour l'instant, on peut choisir d'écrire un simple dialogue entre deux personnages. On s'en servira plus tard, ou pas. On peut écrire un pitch sur sa saga. On peut écrire une scène au pif. On peut même écrire une page sur le fait qu'il est difficile d'écrire une page. On décrit ce qu'on ressent, on fout là un verbe émoustillant, ici un adjectif sympa, et HOP, sans s'en rendre compte, on est dedans. Le tout c'est de produire quelque chose. De déclencher le processus. Il y en a même qui écrivent des articles de blog sur le syndrome de la page blanche, c'est dire !

Le syndrome de la page blanche

Bon, et maintenant qu'on s'est dépucelé du stylo, faut démarrer son oeuvre. Et là, ça craint. En général, j'y vais tout doux. Je commence par la technique du carnet (que je développe ici). J'y inscris un plan, une trame, des idées en vrac, et quand je le sens, j'ouvre un document Word, je le mets en page, et j'écris un truc du genre "bdjzsbos". Je contemple ce non sens, je respire un coup, je me roule une clope et C'EST PARTI.

ÊTRE INDULGENT

Une fois qu'on a commencé, il faut bien garder en tête que l'inspiration et la motivation d'écrire 8h d'affilée vont être cycliques. Encore une fois, ce n'est pas grave ! Il faut S'AUTORISER à avoir des hauts et des bas. À faire des pauses. Quand on ne le sent pas, on lâche l'affaire, point. Une création artistique exige beaucoup de la part du créateur, alors si ce dernier ne veut pas péter un plomb et tout envoyer chier, il doit s'écouter. Là par exemple, j'en ai marre de cet article... donc je vais me faire un thé.

Voilà, c'est mieux.

Il faut aussi se préparer à une remise en question perpétuelle. L'ego fonctionne d'une manière aléatoire, il peut être votre meilleur pote comme une pure teigne décidée à vous clouer au sol. Et il faut L'ACCEPTER. Dès fois, on trouve que nos écrits sont géniaux et on se tape des érections mentales formidables, d'autres fois, on voudrait casser la gueule à nos mots. Et à nous avec. C'est comme ça... hauts les coeurs.

Le syndrome de la page blanche

Si on résiste aux assauts de l'ego, de la paresse, et qu'on n'a pas encore brûlé son manuscrit, on peut se dire qu'on tient le bon bout ! Bien sûr, l'accouchement sera complexe, et on aura souvent l'envie d'abandonner. Il faut alors CULTIVER son talent. Pour ça, on peut lire, s'imposer des exercices de style, travailler sur d'autres projets quitte à revenir à son manuscrit actuel plus tard. À force de ténacité et de douleur, on parviendra à achever un roman, et pourquoi pas à le faire publier. Mais il est sûr que si devenir écrivain demande de se faire violence, il faut aussi s'accorder des temps de paix, être cool avec soi-même (sans être coulant), sinon on fonce droit dans le mur.

Le syndrome de la page blanche

Ainsi s'achève cet article, j'espère qu'il vous aura redonner la pêche si vous êtes un écrivaillon en plein doute, ou qu'il vous aura incités à vous lancer si la plume vous démange mais que vous n'osez pas la brandir sur le papier ! Pour finir, je vous laisse là-dessus : si vous êtes plantés devant une page blanche et qu'elle vous parait insurmontable, rappelez-vous que vous écrivez par passion, jamais par contrainte.

Pensez à la joie qu'écrire vous procure, et laissez-vous aller, tout simplement !

Commenter cet article

Plume d'oie 08/03/2016 10:13

"Notons le caractère cynique de ce curseur qui clignote et nous juge..."
Hahaha!

Adeline 22/02/2016 11:51

Merci pour ce très bon article