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Devenir Écrivain

Publié le par Joanne

Jaurais dû nommer cet article "De la fatuité de devenir écrivain", mais ça passe moins bien dans les moteurs de recherche. Et comme la visibilité de mon blog dépend du côté catchy de mes titres d'article, on va se la jouer cliché. Et puis "Devenir écrivain", ça marche bien, la preuve : t'es là. Oui je suis grognon, ne tardons plus, place au blabla.

Devenir Écrivain

Devenir écrivain, c'est quoi ? J'imagine que si tu es là, c'est parce que tu en as déjà une vague idée. Ou que disons, tu as composé une nouvelle y'a longtemps, et tous tes potos du lycée l'ont trouvée GÉ-NI-ALE à l'unanimité. Du coup, tu te fantasmerais bien stylo au bec et clope à la main (l'inverse marche), entouré d'une pléiade de lectrices, avec masse de pognon à leur lancer sur le museau en mode Make it Rain.

Bah raté, Poussin, tu te mets le doigt loin, très loin...

L'écriture est une passion délicieuse, mais un métier ingrat. J'entends que gribouiller pendant des heures, ça a son charme, mais si tu entreprends de le faire pour amasser moult fric ou espères gagner honnêtement ta vie par ce biais-là (comme l'imbécile heureuse qui rédige ces lignes), tu vas au devant d'une grande déception ! Premièrement, écrire un bouquin, c'est bien, mais l'écrire bien, c'est mieux. Et ça, quand on est un amateur bien à l'aise dans sa bulle de mots et de fumée de clope, on a tendance à l'oublier. Genre on va rédiger (dans un style relativement pourri et plat) 50 pages sur un jeune mec désabusé qui nous ressemble et qui se met à écrire. On va donc se raconter, sans se relire, et être persuadé que ce qu'on a à dire est unique, original et indispensable. Le pire, c'est qu'on va être vraiment fier de soi (et encore, pour ceux qu'arrivent à pondre leur bouquin en entier). Ce qu'on ignore, c'est que 845263 personnes sont en train de faire la même chose, et que notre torchon à nous n'est pas différent du leur, en ce sens qu'il est mauvais. Oui, tu as bien lu, ton premier essai, dans lequel tu as mis ton coeur et ta vie... c'est de la fiente. Peut-être même que les suivants aussi, ce sera de la fiente. Mais vraiment, de la crotte molle.

Devenir Écrivain

Tu ne me crois pas ? Le terrible monde de l'édition sera là pour te le confirmer brutalement, à grands coups de lettres de refus impersonnelles et déchirantes. Yep, faut être prêt à ravaler son ego quand on prétend à devenir écrivaillon ! Mais admettons que ta plume soit fulgurante et que l'un de tes manuscrits soit remarqué par une maison d'édition moyenne (non parce les Gallimarion et autres Noël de Plon, tu peux zapper illico), eh bien la galère ne fera que commencer... passé l'euphorie de la signature du contrat (s'il n'est pas tellement criblé de pièges qu'il faudra renoncer), puis l'aliénante et longue correction de tes écrits (sous la tutelle d'un éditeur plus ou moins gentil), et enfin l'attente infinie (des années parfois) avant la sortie du bouquin, viendra un parcours du combattant auquel tu ne t'attendais pas : la PROMO.

Et oui, parce que si tu arriveras sans peine à fourguer ton ouvrage à tes parents bienveillants et quelques amis conciliants, il sera plus compliqué de toucher la populace et de se faire un nom. Ce sera alors le temps des mails vendeurs aux journaux/radios/télés du coin, celui des errances dans les librairies de ta ville et de la grande procession aux différents Salons du livre auxquels ton éditeur aura les moyens de t'inviter (ou pas) et qui seront rémunérés (ou pas). Tu rencontreras lors de ces brillantes sorties deux/trois lecteurs curieux (mais fauchés), quelques auteurs orgueilleux et surtout beaucoup de gens qui s'en tapent, de toi et de ton précieux chef-d'oeuvre. Y'a même des gens qui vont en dire du mal sur leurs blogs. Te crucifier. Ça s'appelle la critique. Le semaines passent, les choses se tassent, ton entourage ne comprend pas vraiment ce que tu fais (et te balance des banalités bien nazes), tes collègues auteurs sont tous plus cons les uns que les autres (comme partout, mais quand les gens sont auréolés du statut d'artiste, c'est plus criard) et comme ça te démange de griffonner une nouvelle histoire déjantée, tu délaisses ton dernier bouquin pour tout recommencer depuis le début (quand on ne souffre pas du syndrome de la page blanche ou qu'une nouvelle idée ne sème pas le chaos).

Mais un peu de comptabilité avant : alors, le temps passé à écrire, moins l'argent claqué à la Corep et à la Poste lors de la recherche d'éditeur, plus les 6 à 10% gagnés sur la petite somme de livres que tu as écoulée égalent : boire de la Maximator et bouffer des pâtes pendant les 5 prochaines années OU trouver un boulot à côté. Et comme l'écriture est une maîtresse jalouse, ce n'est même pas la peine d'y penser.

Plutôt cool, hein ?

Devenir Écrivain

Mais il doit bien y avoir une raison pour qu'une personne normalement constituée décide de se mettre volontairement dans un tel merdier ? OUI... et c'est le PLAISIR.

Tout le monde écrit plus ou moins à un moment de sa vie, mais les zigotos qui auront le courage d'aller plus loin, de se prendre des baffes et de tendre l'autre joue sans baisser les bras, ceux qui seront traversés d'espoir à toutes les étapes d'une vraie démarche d'écriture, peu importe les obstacles, ceux-là avanceront parce que pour eux, ce n'est pas un loisir mais une vocation. Et si tu fais partie de ce minuscule pourcentage-là, la guerre ne sera moins compliquée, mais je te garantis que tu l'affronteras sans jamais te retourner. Alors pourquoi un article si cynique ? (Parce que je suis grognon, voir plus haut). Parce que beaucoup de jeunes auteurs ignorent que c'est la dure réalité de ce milieu et se découragent très vite : je le constate à chacun de mes pas hasardeux dans la jungle littéraire. Alors Cheer Up, plutôt que de s'en plaindre, il faut voir les choses telles qu'elles sont, accepter la possibilité de l'échec en cours de chemin et se débattre jusqu'à la réussite.

Et pour ça, il y a à mon humble avis trois choses à réunir :

- Le TALENT : de base, ça peut toujours aider, y'en a pas mal qui semblent l'oublier.

- Le TRAVAIL : progrès, autodiscipline, méticulosité.

- La PERSÉVÉRANCE : ne jamais céder au découragement, s'accrocher.

La v'là, la Sainte Trinité de qui veut devenir Écrivain !

(Et comme on se fait un peu chier quand on est écrivain, on a le temps de créer des memes rigolos)

(Et comme on se fait un peu chier quand on est écrivain, on a le temps de créer des memes rigolos)

Bon, je me sens mieux après tout ce déversement de mauvais sentiments, je retourne donc à ma Marquise en espérant t'avoir aidé et te laisse retourner à ton manuscrit !

ZOUBI !

PS : tous les auteurs ne sont pas "plus cons les uns que les autres", y'en a des biens. Mes potes par exemple. Puis y'a les gros cons (je leur ai fait un article spécial).

Commenter cet article

Seb 23/02/2016 15:20

Salut, j'ai trouvé ton blog via le forum JE, j'aime beaucoup le ton de tes articles, surtout celui-là. Pleins de vérités sur le milieu, qui blessent, mais mieux vaut en rire, pas vrai ? Enfin, j'ai pas besoin de te le dire.